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Quiconque s'intéresse de près ou de loin à la science-fiction a entendu parler de l'hyperespace. Peu d'auteurs ont imaginé d'autres moyens de dépasser la vitesse de la lumière, si ce n'est Cordwainer Smith, dans les Seigneurs de l'Instrumentalité (1), avec ses vaisseaux planoformes (le triche-lumière d'Empire Galactique est dans la même idée).
La plupart d'entre vous savent que c'est Einstein qui a postulé que la vitesse de la lumière était la vitesse absolue dans l'Univers, qu'aucun corps ne pouvait aller plus vite que cela. Mais savez-vous que c'est Einstein lui-même, qui a imaginé l'existence de particules pouvant voyager plus vite que la lumière, les tachyons? Un mot que vous avez sans doute vu souvent associé à celui d'hyperespace.
Il est, bien sûr, impossible d'appréhender la nature de l'hyperespace. On pourrait simplement le voir comme un univers parallèle où la vitesse de la lumière n'est pas la vitesse absolue. On peut aussi suivre la petite réflexion mathématique que je vous propose ci-dessous (ne vous en faites pas, je resterai compréhensible).
D'abord, il vous faut quelques notions de la théorie de la relativité d'Einstein: lorsqu'un corps se rapproche de la vitesse de la lumière, des effets, dits "relativistes" (car ils dépendent du point de vue), apparaissent. Primo, un observateur immobile voyant passer un objet très rapide verra cet objet plus court qu'il ne l'est réellement: c'est la contraction des longueurs.
Secundo, l'objet voyageant voit sa masse augmenter. Tertio, le temps se dilate pour l'objet, c'est-à-dire qu'il s'écoule plus lentement pour l'objet que pour l'observateur immobile (vous avez d'excellents exemples de cet effet dans La Guerre éternelle (2), où la quasi-éternelle jeunesse des héros est due à la dilatation du temps et non pas au franchissement d'une porte spatio-temporelle, comme l'a écrit le méga-crétin qui a fait le résumé du bouquin!). Tout cela dépend de la vitesse de l'objet et se traduit par un facteur :

où v est la vitesse de l'objet et c, la vitesse de la lumière
On voit donc que plus on se rapproche de la vitesse de la lumière, plus c est grand, autrement dit plus les effet sont marqués. Prenons un exemple:
soit v = 0.9 c (90% de la vitesse de la lumière)
on obtient = 2.29
L'objet apparaît donc 2.29 fois plus petit, pèse 2.29 fois plus et, quand une seconde s'écoule pour lui, 2.29 secondes se sont écoulées pour l'observateur.
Considérez maintenant un objet voyageant à la vitesse de la lumière: est infini. Pour l'objet, le temps s'arrête (en effet, pour une seconde pour lui, une infinité de secondes se sont écoulées pour l'observateur).
Si l'on prend une vitesse supérieure à celle de la lumière, on obtient un chiffre négatif sous la racine. Une telle chose arrêterait la plupart des gens, mais on peut faire intervenir une autre notion mathématique: les nombres complexes. A la base, la théorie des nombres complexes est très simple: elle postule simplement qu'il existe un nombre i, tel que i2 = -1. Ainsi, par exemple,

Un nombre peut avoir une partie réelle (sans i) et une partie imaginaire (avec i), par exemple 1 - 2i.
Reprenons un exemple:
soit v = 2 c (deux fois la vitesse de la lumière), on obtient:

On a donc un chiffre entièrement imaginaire. Appliquez cela à un vaisseau: cela veut dire que le vaisseau rentre dans un espace qui échappe totalement à notre conception. Vous pouvez imaginer n'importe quoi! Pour ajouter un peu de piment, sachez encore qu'il existe des fonctions complexes (comme des fonctions normales, mais dans l'espace complexe), qui ont la particularité de modifier la géométrie des choses (transformer un carré en rond, par exemple). Imaginez la gueule du vaisseau après avoir subi quelques-unes de ces fonctions.
Vous pouvez aussi vous dire que le plan complexe n'est rien d'autre qu'un des nombreux plans d'existence (au même titre que le plan magique, les plans élémentaux, etc.) et il peut alors être peuplé de virtuellement n'importe quoi (les Creatures of the Dreamlands de Cthulhu, par exemple), et pas forcément de choses bien intentionnées envers le vaisseau. Vu sous cet angle là, il est donc tout à fait possible de suivre un vaisseau dans l'hyperespace. Il suffit de garder le contact visuel, de suivre ses traces (vous ne croyiez tout de même pas qu'un vaisseau se déplaçant aussi vite que ça n'allait pas laisser de traces) ou d'essayer de demander des renseignements à la faune locale.
On peut aller encore plus loin: prenez un jeu où l'on peut, plus ou moins facilement, se balader dans d'autres plans d'existence. Aller dans le plan complexe revient à voyager dans l'hyperespace! D'un autre côté, on pourrait bien tomber sur un vaisseau de passage, rendant ce plan particulièrement dangereux.
Allez, encore un petit délire pour la route: plus un vaisseau va vite, plus il apparaît petit pour l'observateur immobile. On peut donc dire que plus un vaisseau va vite, moins il est "présent". Il y a donc, dans l'hyperespace, un intérêt supplémentaire à aller vite: on a moins de chances (de risques?) de se faire repérer par des créatures hostiles. Heureusement, c'est assez équilibré, car ce sont les petits vaisseaux qui vont le plus vite et les gros ont généralement de quoi se défendre.
Tout cela peut créer de nombreux désagréments et la plupart des vaisseaux ont un champ qui les protègent de ces anomalies (comme une moustiquaire). Par contre, pour vous amuser, imaginez la situation suivante: les PJ doivent quitter une planète le plus vite possible. Avec leurs moyens et vu leur empressement, le seul vaisseau disponible est un vieux crouton, qui ne dispose pas d'un champ protecteur. Bon voyage!
J'espère que, avec ces quelques explications, vous pourrez donner un peu plus de consistance à cet hyperespace tellement galvaudé.
Roboduck
(1) Cordwainer Smith, Les Seigneurs de l'Instrumentalité, Presses Pockets n°5265-5270 (1987).
(2) Joe Haldemann, La Guerre éternelle, J'ai Lu n°1769 (1988).
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