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Tinkle n°51
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Stricnine

Aide de jeu générique médiévale

Tinkle Bavard n°51

L'histoire de la personne dont je tiens à vous entretenir ici commença il n'y a que quelques années... A cette époque, elle devait avoir seize ans, peut-être pas, et c'était déjà un sacré beau brin de jeune fille: elle était de taille moyenne, au physique aussi attrayant qu'athlétique, elle avait de longs cheveux bruns, des yeux marron où nos regards se noyaient, et le tout emballé dans des tenues toujours des plus aguichantes. Ses parents n'étaient pas bien riches - sa mère était lavandière et son père écumait les tables de jeu, où son art de la tricherie lui conférait un certain revenu, particulièrement dans une grande ville comme Narval, la Cité de la Licorne, dont elle est originaire - mais ils avaient tenu à ce qu'elle ait une certaine instruction comme ses quatre soeurs aînées. Il n'y avait guère que son frère d'un an plus vieux qu'elle pour se fourvoyer de plus en plus souvent avec des personnes de moins en moins fréquentables... Or, c'est dans le temple d'Hermès tout proche, que notre jeune personne était instruite, toute mauvaise élève qu'elle fut. Car, je dois bien l'avouer, moi qui l'ai connu dans les premières années de sa vie, son caractère, qui lui valut son surnom, ainsi que ses réparties acides ne datent pas de la dernière pluie!

Et comme tout maître déteint sur son élève, l'enseignement des prêtres du dieu des voyageurs lui donna la bougeotte. Sur le conseil de je ne sais plus qui, elle décida un beau jour de printemps, de se faire engager comme escorte dans une caravane marchande en partance pour Port-Blacksand. Et voilà comme elle s'y prit - si je vous raconte cela, c'est parce que ça vous donnera une bonne idée de la mentalité de ladite Stricnine. A l'époque, le recrutement des hommes servant d'escorte militaire aux caravanes qui quittaient Narval était assuré par le sergent Humphrey: un petit homme maigrichon qui fumait comme une fonderie et qui sentait le renard à vingt pas, mais qu'il ne fallait pas prendre à la légère, une fine lame disait-on. Elle s'était donc mise dans la file d'attente devant la casemate du sergent recruteur comme bien d'autres; et nombreux étaient ceux qui plaisantaient sur la jeune fille court vêtue, sans arme, ni armure au milieu de ces fiers à bras. Mais les murmures se turent bientôt, le temps que son tour arrive. Le géant en fourrure armé d'une hache à sa démesure qui la suivait fut mis au sol d'un coup, d'un seul; un coup de botte bien placé entre les deux jambes pour avoir voulu tâter de la ronde croupe de notre héroïne. Ce qui se passa dans le bureau du sergent Humphrey, nul n'en a jamais rien su. Ce que je peux vous dire néanmoins, c'est que son entretien ne dura pas plus de temps que celui d'un vétéran et qu'elle fut aussitôt engagée. Je crois toutefois me souvenir que le sergent se frottait la joue gauche lorsqu'il ouvrit la porte pour crier comme à son habitude: "Suivant!".

Elle fit ce travail quelques années durant, ce qui lui permit de subvenir à ses besoins, de s'acheter une mansarde dans le quartier pauvre de la ville, et d'aider un peu ses parents... Mais surtout, cette période de sa vie lui permit de peaufiner sa "technique de combat": elle ne s'arrêta pas au pugilat, mais tout ce qui lui tombait sous la main faisait office d'arme, sauf les armes bien entendu (elle a peut-être un fond de scrupules ou de pacifisme caché, mais là, je divague, il ne faut pas rêver!... Stricnine avec des scrupules, et puis quoi encore, pourquoi pas Messire Léviathan avec l'Epée Runique du Chaos!). La finalité de la chose, c'est qu'elle devint une fort bonne combattante (et ce, dans tous les sens du terme).

Mais une chose me turlupine, comment a-t-elle fait pour se payer une baraque, même dans le quartier pauvre, et surtout à la conserver en état à cet endroit avec une simple solde de garde itinérant. Cela me fait penser à des racontars qui planaient à cette époque: on disait que lorsque Stricnine faisait partie d'un convoi, celui-ci n'était, d'abord, jamais attaqué par des humains et, surtout, que les créatures qui s'osaient à l'attaquer étaient particulièrement coriaces et démunies. On n'aimait guère à ce moment se retrouver à devoir partager sa tâche bien qu'elle fut irréprochable lorsqu'il s'agissait d'occire du malfaisant par brouettes entières (on a toujours besoin d'un brouette dans un bon plan).

Puis, elle fut mutée à un rôle plus important par le sergent Humphrey, comme agent spécial au service de Narval, en compagnie de quelques autres coureurs d'aventures. C'est lors de l'une de ces missions qu'elle rencontra celui qui allait devenir l'homme de sa vie: le lieutenant Ulrich, un solide barbare reichlandais taillé dans le même moule que Thor lui-même. A bien y réfléchir, et en connaissant bien Stricnine, il n'y avait qu'un homme comme lui qui aurait pu lui ravir son coeur - c'est d'ailleurs la seule chose qu'on ait jamais dû arriver à lui voler. Il est grand, beau, fort, riche, et franchement pas subtil pour deux sols, l'idéal pour être mené par le bout du nez. Ils se sont même mariés entre deux campagnes de front et deux missions secrètes, dans le hall du géant à Port-Blacksand il me semble.

Parmi la Guilde de la Main Noire, on chuchote qu'elle aurait failli plusieurs fois déjà renverser l'équilibre politique de ce monde, et ce, avant même d'entrer au service de Narval; peut-être que les autorités ont senti la tempête venir et ont préféré l'avoir dans leur camp qu'en pleine liberté... Si je vous dit ça, c'est parce qu'elle fait franchement désordre au sein des services de Sa Majesté le Duc Léviathan de Narval!

Thiébrice Lecharmand,
Aëde à la cour de Sa Majesté
le Duc Léviathan de Narval

© Tinkle Bavard 2002

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