Les paradoxes de la mobilité

Posté le 18.08.2009

Voilà quelques années, les Presses Polytechniques et Universitaires Romandes ont eu l'idée de créer une collection un peu semblable aux Que sais-je?, mais axées sur la Suisse (et un peu plus technique quand même, à mon avis). On y trouve des livres sur de nombreux thèmes, politiques, historiques, culturels, etc.

Les paradoxes de la mobilité est écrit par Vincent Kaufmann, sociologue spécialisé dans les questions de mobilité, justement. Ce livre explore ce qu'est la mobilité, comment elle a été affectée par les moyens de transport de plus en plus massifs et rapides, quel a été son impact sur les villes et que faire avec les nombreux problèmes qui l'entoure. L'auteur s'interroge également sur le bienfondé de la croyance qui veut que plus on est mobile, plus on est libre (je ne vous gâche pas le suspens en vous révélant que l'auteur y met un gros bémol, ce qui me conforte largement dans mes impressions).

La mobilité est généralement abordée d'une manière essentiellement technique, en termes de flux et de capacités, souvent dans le cadre d'études urbanistiques. Aborder cette notion sous l'angle de la sociologie est extrêmement intéressant. En effet, comme le relève Vincent Kaufmann, les utilisateurs des moyens de transport sont des êtres humains, qui n'agissent pas forcément de la manière la plus cohérente, mettant ainsi souvent en échec les prévisions et les plans des urbanistes.

L'auteur soulève aussi le problème de l'inégalité face à la mobilité. Si l'offre est pléthorique, en tout cas autour des grands centres urbains, encore faut-il savoir en tirer partie. La mobilité d'une personne ne dépend donc pas uniquement des choix qui s'offrent à elle, mais aussi de sa capacité à en profiter et à organiser sa vie. Ceci constitue une partie de la "flexibilité" si recherchée dans les offres d'emploi. Et cela influence considérablement l'utilisation faite des moyens de transport, surtout selon les quartiers et donc (selon la mixité) les milieux socio-culturels.

Vers la fin, le livre aborde les cas des villes de Zürich, Berne et Bâle, qui sont souvent citées en exemple de politiques de mobilité réussies. Vincent Kaufmann démontre tout d'abord qu'il est loin d'être facile de transposer telles quelles des idées d'une ville à une autre (et la plupart des tentatives ont été des échces). Il s'attache aussi à montrer que tout n'est pas rose sous le vernis des ces premiers de classe.

J'ai beaucoup aimé Les paradoxes de la mobilité. Ce regard frais sur le sujet m'a bien plu, tout comme les réflexions et conclusions de Kaufmann.