Moi, rôliste

Posté le 01.06.2012

Pré-ambulatoire

Les vieux démons ne meurent jamais. Tout au plus somnolent-ils tel Cthulhu au fond de sa baignoire. La hantise du jeu de rôle semble avoir repris du poil de la bête, alors que l'association Bothered About Dungeons & Dragons n'avait suivi que d'une décennie à peine la naissance de Chainmail. Suite à une énième attaque contre ce hobby, le landerneau du jeu de rôle s'est retrouvé en émoi. Fort sagement (normal, vu son âge), Tonton Alias a suggéré d'ignorer ces médisances. Puis, il eut une excellente idée: la réponse positive (et non la guerre préventive). Que les rôlistes témoignent de tout ce que leur hobby leur avait apporté.

Dont acte.

Ambulatoire

En premier lieu, le jeu de rôle m'a apporté des amis. J'étais un enfant solitaire. Vers le début de mon adolescence, j'ai découvert la science-fiction et je me suis plongé avec délectation dans les mondes imaginaires. J'ai pu les explorer, plus tardivement, en découvrant le jeu de rôle. Loin de me causer des troubles psychiatriques de fuite de la réalité, cette activité m'a donné une occupation qui a rempli mes soirées et mes fins de semaines de moments intenses. Et des amis. Beaucoup d'amis, dont un certain nombre encore reste un réseau formidable même si je ne joue plus depuis des années.

J'ai fondé un fanzine, le Tinkle Bavard, une aventure qui a duré dix ans et m'a amené de nombreuses choses. En premier lieu, l'expérience de mise en page et d'édition que j'ai acquise m'a permis de décrocher un travail d'infographiste à une époque où je voulais justement changer d'orientation professionnelle. Pour le Tinkle également, j'ai fait des pages web alors que Yahoo n'existait pas encore et que Netscape était un truc moderne (vers 1995, quoi). Je suis finalement devenu un professionnel du web.

La gestion d'un fanzine, tout comme l'organisation de clubs et de conventions m'ont appris les bases du travail bénévole, les forces et les faiblesses du volontariat. Cette expérience m'a bien servi quand j'ai rejoint une coopérative d'habitation et une communauté de développement de logiciel libre.

Enfin, et ce n'est pas la moindre de ses qualités, le jeu de rôle a été le parfait exutoire à ma créativité. Tout gamin, j'écrivais des bandes dessinées. Malheureusement, je ne suis pas du tout doué pour le dessin. Je ne suis pas non plus très bon en écriture. J'ai un français très correct, mais un style qui n'a rien de renversant. Le jeu de rôle, où tout passe par la parole, s'est avéré la plateforme parfaite pour partager les images qui fleurissaient dans mon cerveau.

Sans oublier le rêve.

Dé-ambulatoire

J'ai été Tungstène, Ali Abdul El Makmar, Ramart, Michael Llewellyn, Don José, Jonathan Livingstone. J'ai été guerrier, magicien, garou, druide, demi-dieu, fils des étoiles, ange ou démon. Comme le dit magnifiquement Roy Batty dans Blade Runner: "J'ai vu tant de choses que vous, humains, ne pourriez pas croire. De grands navires en feu surgissant de l'épaule d'Orion. J'ai vu des rayons fabuleux, des rayons C, briller dans l'ombre de la porte de Tannhäuser."

J'ai aussi été Roboduck, et c'était fun.

Je suis heureux d'avoir été tout cela. Je n'en suis pas moins moi-même, avec les pieds sur terre, une famille et un travail. Tout cet imaginaire et cette créativité n'ont pu que me rendre meilleur.

Fnord.

Site de la campagne "Moi, rôliste": http://moiroliste.tumblr.com/