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Des nouvelles de la Lune
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Un peu de culture

Charles Baudelaire, qui fut un poète français il y a longtemps, a toujours été un admirateur des Grimoires des Gratteurs de Lune. Pour preuve, nous offrons au plaisir méditatif du lecteur (notre semblable, notre frère et notre client) deux petits poèmes de ce monsieur Baudelaire, extraites du recueil assez connu, Les Fleurs du Mal. Ces pièces préfigurent de toute évidence, respectivement, les Voyageux de notre tome 4, La Geste des Sancouleurs, ainsi que le glaçant duchicomte Eynik qui brille d’un éclat pur dans notre tome 5, Soixante Marches vers l’Oubli. Joyeuse bonne lecture et n’oubliez pas que c’est le printemps, des fois !

XIII. - BOHEMIENS EN VOYAGE

La tribu prophétique aux prunelles ardentes
Hier s'est mise en route, emportant ses petits
Sur son dos, ou livrant à leurs fiers appétits
Le trésor toujours prêt des mamelles pendantes.

Les hommes vont à pied sous leurs armes luisantes
Le long des chariots où les leurs sont blottis,
Promenant sur le ciel des yeux appesantis
Par le morne regret des chimères absentes.

Du fond de son réduit sablonneux, le grillon,
Les regardant passer, redouble sa chanson;
Cybèle, qui les aime, augmente ses verdures,

Fait couler le rocher et fleurir le désert
Devant ces voyageurs, pour lesquels est ouvert
L'empire familier des ténèbres futures.

LXXVII. - SPLEEN

Je suis comme le roi d'un pays pluvieux,
Riche, mais impuissant, jeune et pourtant très vieux,
Qui, de ses précepteurs méprisant les courbettes,
S'ennuie avec ses chiens comme avec d'autres bêtes.
Rien ne peut l'égayer, ni gibier, ni faucon,
Ni son peuple mourant en face du balcon.
Du bouffon favori la grotesque ballade
Ne distrait plus le front de ce cruel malade;
Son lit fleurdelisé se transforme en tombeau,
Et les dames d'atours, pour qui tout prince est beau,
Ne savent plus trouver d'impudique toilette
Pour tirer un souris de ce jeune squelette.
Le savant qui lui fait de l'or n'a jamais pu
De son être extirper l'élément corrompu,
Et dans ces bains de sang qui des Romains nous viennent,
Et dont sur leurs vieux jours les puissants se souviennent,
Il n'a su réchauffer ce cadavre hébété
Où coule au lieu de sang l'eau verte du Léthé.

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